Réflexion sur l'ouverture
Rédigé le 19-03-2008 à 13:57 par rpc admin
L’ouverture…
Cela signifie-t-il encore quelques choses pour vous… J’imagine que pour beaucoup de pêcheurs ce jour est entendu comme une délivrance, une frustration dégagée avec une telle force que finalement le résultat ne compte pas… Enfin je crois !!??? Parce que pour moi ce jour ne compte pas beaucoup plus qu’un autre… Et ceci quel que soit l’ouverture.
Le mythe de la truite…
Voici une ouverture que je déconsidère bien volontiers… En effet, notre mode de gestion halieutique et piscicole est tellement laid que l’ouverture de la truite ressemble aujourd’hui à une mauvaise kermesse scolaire… Cette date, à mes yeux, ne représente rien d’un point de vue halieutique ! Car ici l’activité ressemble beaucoup trop à l’ouverture de la chasse, où l’on tire le gibier lâché la veille… Qui peut prendre du plaisir à pêcher un poisson lâcher 3 jours avant (au mieux…) Qui peut raisonnablement se satisfaire de voir partir des poissons de 30cm dans un milieu qu’ils vont totalement perturber pendant plusieurs semaines… En effet, on ne nourri pas les poissons à lâcher avant leur transport afin que ceux-ci ne meurent pas durant le transport, intoxiqués par la nourriture vomie… Ainsi on lâche dans le milieu des poissons totalement affamés… De plus, ces poissons affamés sont lâchés par dizaines sur un seul et même lieu !!! Pas trop loin de la voiture le plus souvent… et oui un pêcheur d’ouverture ça n’aime pas beaucoup marcher !
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Imaginez une concentration d’individus comme cela lâchés sur les pauvres poissons autochtones… qu’ils s’agissent de vairons, goujons ou la dernière truite sauvage du secteur… Beurk ! Vilain pour le milieu…
Ce qui est encore plus énorme et que je constate depuis des années dans mon département, c’est que même dans des cours d’eau de 2ème catégorie on fait ce genre de lâchés au moment supposé de l’ouverture de la première catégorie… Certains me diront : « ouais mais c’est marqué dans les textes, il y a aussi une ouverture de la truite en 2ème… »… Ouais sauf que quand le cours d’eau n’héberge pas naturellement des salmonidés, on peut se poser la question de la pertinence de lâcher un poisson qui ne vivra de toute manière pas plus de quelques semaines car les taux d’oxygène ne lui conviendront jamais ; et ceci sans même parler de la pression de pêche…
Car si en plus on parle de pression de pêche… Comment peut-on tolérer l’idée d’un cours d’eau qui d’un coup se prend 100 pêcheurs sur le coin de la gueule dans la même journée… sans parler des captures, imaginons le stress du poisson qui voit passer de tout, entends un vacarme énorme, croise des kilomètres de fil au font de la rivière (dans les arbres aussi d’ailleurs), des boites en plastiques vides et des canettes de bière bien sur…
Parlons encore des conditions de lâcher des poissons… quelques soit les débits il faut lâcher du Fish… Cela se traduit souvent au moment des crues par des poissons qui dévalent et/ou crèvent à cause du courant… C’est beau la gestion halieutique !!! Surtout lorsqu’on sait que dans AAPPMA il y a « …protection des milieux aquatiques »…
Ce que je trouve encore plus énorme pour l’ouverture de la truite ce sont les pêches et concours organisés la semaine précédent l’ouverture officielle… On peut carrément parler de pré-ouverture !!! En effet, des dizaines d’AAPPMA organisent des pseudo-concours ou lâchés massifs dans les plans d’eau une semaine avant le deuxième samedi du moi de mars… c’est surement pour que les pêcheurs reprennent contact avec la technique… ou le goût du poisson !!?? C’est ça… ça doit être un entrainement pour l’estomac des pêcheurs afin qu’ils se familiarisent à nouveau avec l’enivrante saveur sauvage du poisson de pisciculture…
Enfin, reconnaissons que le mois de mars marque souvent des conditions difficiles pour la pêche de la truite car les eaux sont encore très froides et les courants richement alimentés par les giboulées, précipitations et fontes des neiges. Je pense que ce qui devrait guider les pêcheurs de truite c’est tout simplement les conditions de pêche… Non ?
La 2ème …
Notre système règlementaire en France créé également l’évènement pour le brochet. En effet, nous interdisons non pas directement la captures du brochet pendant une période données, mais un mode de pêche pendant plusieurs mois afin de protéger maitre Esox durant sa fraie…
Que faut-il voir ici… La première question est de savoir si c’est la meilleure façon de protéger le poisson… On sait que les périodes de reproduction sont un moment important pour n’importe quelles espèces… Mais compte tenu des variations climatiques et géographiques de notre pays, le brochet d’un endroit à l’autre ne fraie franchement pas au même moment… De plus, ne vaut-il pas mieux créer des zones de réserve aux lieux et places des fraie plutôt que d’interdire un mode de pêche ??? Ceci est une vraie question… Notre choix de gestion est-il efficace ?… D’autant plus que pour protéger le brochet (qui cela dit à tout de même besoin que l’on prenne un peu soin de lui, de ses zones de fraie, de la franchissabilité, de la qualité de l’eau…) on sacrifie les autres carnassiers… En effet, dans bien des départements l’ouverture du Pike correspond à la période de fraie du bass et/ou des sandres… Est-ce logique ?!! D’autant plus que ces poissons adoptent un comportement qui entraine une capture plus « facile »… Si on pêche en no kill, ce n’est pas grave… Mais en France le taux de viandard est tout de même encore majoritaire… surtout au moment de l’ouverture !!!
Pour en finir avec ça, je dirai que les gestionnaires (FD et AAPPMA) ont les moyens départementaux et locaux de gérer chaque poisson dans sa spécificité… Le contexte règlementaire national est le cadre selon lequel on doit faire les choses au minimum… Mais avec les arrêtés règlementaires de police de la pêche dans chaque département et les règlementations de chaque AAPPMA, les acteurs locaux peuvent vraiment protéger le bass au moment et à l’endroit où il se reproduit… Il suffit juste de s’en donner les moyens… Ils peuvent aussi imposer le no-kill plus spécifiquement à cette période.
Mais là encore, la fermeture du carnassier créer beaucoup de frustration chez les pêcheurs, et l’ouverture, épisode libératoire divin, est trop perçu comme un rendez-vous incontournable par beaucoup de pratiquants… Ainsi, après plusieurs semaines de tranquillité, le brochet se prend sur le coin de la gueule des dizaines de leurres, vifs, poissons morts… Et l’affaire à toutes les chances de tourner au massacre !
Je suis le premier à vouloir que l’on protège le brochet, et pour cela je pense que le catch and release est la meilleur pratique… De même que le bon sens, éviter de casser les couilles du brochet sur ses zones de frayères pendant ses ébats qui de toute manière aura l’esprit ailleurs et se montrera peu enclin à mordre… mais dont les gestes et agissement du pêcheur peuvent tout de même gênée et stresser au point de faire échouer un rendez-vous biologique plus que primordiale pour sa survie…
Je ne fais jamais l’ouverture du brochet… j’aime trop la tranquillité pour supporter cette fréquentation massive. D’autant plus qu’une majorité des bonhommes pratiquant ce jour là disparaitront quasiment définitivement du bord de l’eau. De plus, je crois, comme pour la truite, aux conditions de pêche… J’aime aller à la pêche quand les conditions climatiques, saisonnière, ou ma seule motivation me le dictent… D’autres pêcheurs font cela très bien.
Les solutions ?
Les carpistes... Je parle souvent d’eux car ces gens se montrent le plus souvent (il y a des blaireaux partout) sous un jour enviable pour nous : no kill systématique, respect du poisson a travers le choix des appâts, des techniques qui limitent les blessures (hameçons simples, cheveux qui entraine dans 99% une prise dans les lèvres,), solution de permanganate appliquée sur la plaie, et bien sur le tapis de réception. Je ne dis pas qu’ils sont parfais, mais ils semblent avoir une petite longueur d’avance dont nous pourrions nous inspirer…
Les carpistes ne connaissent pas de périodes de fermeture… Ainsi il n’y a pas d’ouverture et la majorité d’entre eux foutent la paix au poisson durant sa fraie ou en tout cas évitent ces zones là car de toute manière tous les poissons ne fraient pas en même temps… Ainsi c’est leur bon sens qui leur dicte quand allé pêcher… Personnellement quelques soit la saison, un redoux me donne envie d’aller voir si le poisson est mordeur… C’est ce que je fais et conseil avec les carnassiers. Sauf que cela n’est pas possible partout… à cause de cette fameuse règlementation obsolète !
Trois solutions pour pratiquer quand et comme on veut sans être obligé d’attendre « l’ouverture »… Les eaux closes, certaines AAPPMA commencent à laisser la pêche ouverte durant la fermeture légale du brochet avec conditions obligatoires de no-kill, hameçons simples et ardillons écrasés. Il y a les étangs privés en eau close ou en statut de pisciculture permettant de gérer leur affaire sans période d’ouverture. L’ouverture de la 1ère catégorie peut nous permettre d’allonger notre période de pêche… Faut-il vivre dans un département intéressant de ce point de vue là ! Et enfin le Ganstafishing bien sur…
Ainsi je n’aime pas l’ouverture car elle ne signifie rien de logique à mes yeux… cela viens peut-être aussi du fait que nous connaissons déjà tellement de contraintes vis-à-vis de la qualité de nos milieux aquatiques qu’il est tous simplement intolérable que des gestionnaires bidons nous disent comme faire… Cette remarque est pleine d’arrogance, mais elle se justifie au regard des efforts des AAPPMA à pourrir nos milieux et faire disparaitre nos poissons…
L’heure du FISH a sonné !
Manu Norena



